en avant première texte de Damien "Place publique

Publié le par celaregionnazairienne

 

 

 

Saint-Nazaire doit aussi regarder vers le nord

 

 

Damien Perrotin

 

Membre du Collectif des Écologistes Autonomes

 

 

Saint-Nazaire est née de la Loire, en liaison directe avec Nantes. Originellement un village de pilotes et la porte d’entrée, autant militaire que marchande, d’ailleurs, de l’estuaire, la ville prend de l’importance au XIXème siècle avec la mise en place d’un ferry à vapeur qui la relie à Nantes puis l’arrivée en 1857 des Chemins de fer d’Orléans. Saint-Nazaire devient alors l’avant port de Nantes où les navires de gros tonnage ne peuvent plus accoster.

 

C’est de là que partent les premières lignes transatlantiques vers l’Amérique latine et c’est là que débarque en 1917 le gros du contingent américain, marquant un développement que la suppression de l’arrondissement de Paimboeuf en 1826 ne fait que constater. Ce développement se fait essentiellement dans une logique ligérienne, tourné vers une métropole nantaise qui reste le centre administratif, démographique et industriel du département. Cela est particulièrement visible dans l’organisation des transports. Si la ligne La Roche-Bernard – Saint-Nazaire, gérée par les Chemins de Fer du Morbihan procédait d’une autre logique, elle est restée une ligne d’intérêt local, capable de donner une certaine cohérence à un presqu’île désormais organisée autour du pôle Nazairien, mais incapable de menacer la centralité nantaise. Elle a d’ailleurs été fermée en 1947, puis déposée.

 

Le chemin de fer, poursuivant la logique de la Compagnie d’Orléans, n’ouvre Saint-Nazaire que sur Nantes, et de là sur Paris. Quant à la nationale 165, que les habitants de la Presqu’île empruntent pour aller faire des courses à Vannes distante d’à peine une soixantaine de kilomètres, elle relie d’abord le Golfe du Morbihan à Nantes. Par ailleurs, i la nationale 171 participe à la structuration de l’agglomération Nazairienne, elle reste fondamentalement tournée vers Nantes. Ce tropisme se retrouve dans le domaine administratif puisque Saint-Nazaire est incluse dans le Scot métropolitain nantais et a récemment un pôle métropolitain avec Nantes alors même que l’aire urbaine nazairienne reste divisée entre deux communautés de communes souvent rivales.

 

Cette situation est le résultat de l’histoire et de la géographie ainsi que, dans une certaine mesure, le reflet des rapports entre les deux agglomérations. Pour citer Jean-Marc Ayrault, premier ministre et ancien président de Nantes Métropole : « La métropole Nantes Saint-Nazaire est une réalité, une force, une chance. »

 

Il n’en reste pas moins que les choix territoriaux sont avant tout des choix politiques et que  si la géographie et l’histoire contraignent, elles ne déterminent pas.

 

A l’origine extension de Nantes vers l’embouchure de la Loire, Saint-Nazaire est devenu du fait même de sa croissance, le centre de gravité de la Presqu’île Guérandaise, remplaçant dans ce rôle la cité médiévale de Guérande. Un pôle urbain continu s’est constitué le long de la côte, de Donges au Croisic, autour de la ligne de chemin de fer et de la route départementale 213. S’y ajoute une aire urbaine qui s’étend jusqu’à la Vilaine où son influence rejoint celles de Vannes et de Redon.

 

Cet espace, qui inclut les trois communes morbihanaises du sud de la Vilaine, correspond, peu ou prou à l’ancienne sénéchaussée de Guérande et constitue culturellement une extension de la Basse-Bretagne en Pays Gallo, les derniers bretonnants de naissance étant morts dans les années 70 dans le village paludier de Roffiat. Il est également caractérisé par une vocation maritime clairement affirmé, touristique et plaisancière dans le nord, industrielle sur les berges de la Loire.

 

A la constitution de ce "pays nazairien", répond un progressif abandon par Nantes de sa vocation maritime. Les Chantiers Dubigeon, créés en 1760, ont fermé en 1987 et le port de Nantes n’accueille plus que 10% du trafic. Ce n’est plus, d’un point de vue nantais, qu’une activité annexe dont la ville pourrait fort bien se passer.

 

Cela se voit, d’ailleurs, dans sa stratégie de coopération. Le pôle métropolitain Loire-Bretagne inclut des villes maritimes, Brest et Saint-Nazaire, mais sa colonne vertébrale reste l’axe Nantes – Rennes. Les partenaires principaux de Nantes, Rennes et, dans une moindre mesure Angers où Patrick Rimbert s’est récemment rendu, sont des villes terriennes, sans lien particulier avec la mer. Le lien direct avec Paris, via la ligne à grande vitesse, a encore renforcé ce tropisme continental.

 

Ajoutons à cela que les deux agglomérations se développe selon un axe nord-sud et ne sont donc pas destinée à se rejoindre, et l’on comprendra que Saint-Nazaire et Nantes sont sur des voies divergentes, chacune représentant une des orientations possibles de notre région : le grand large ou l’Europe des terres.

 

Cela ne signifie pas que nos deux territoires ne doivent pas coopérer – ce n’est ni souhaitable ni même possible – mais que cette coopération doit se faire sur la base d’une complémentarité bien comprise plutôt que sur celle d’une gouvernance unique qui, tôt ou tard, favoriserait un territoire au détriment de l’autre. Cela implique que Nantes poursuive sa destinée de métropole régionale et que Saint-Nazaire soit à la fois le point de rencontre entre le monde des terres et celui de la mer, et le centre de gravité de la côte.

 

Cela passe par une meilleure structuration de l’espace nazairien, aujourd’hui encore largement désarticulé, et la réorientation de ses infrastructures et de ses politiques sur un axe nord-sud.

 

Cela implique la mise en place d’un réseau structurant à l’échelle de la presqu’île, notamment à destination des habitants des communes du nord qui restent très éloignés des principales gares. De ce point de vue l’élargissement de la D774 jusqu’à La Roche Bernard, sur le modèle de D 213, qui est aujourd’hui une véritable autoroute urbaine, est une nécessité, même si, à terme, la réduction de la place de l’automobile doit demeurer un objectif prioritaire.

 

Celle-ci ne peut être sérieusement envisagé sans la remise en place d’un système de transports en commun à l’échelle de l’espace nazairien qui jouerait le même rôle que le réseau dit de Loire Inférieure des Chemins de Fer du Morbihan avant-guerre. Helyce est un pas dans cette direction, même s’il ne concerne que les communes de Saint-Nazaire, Montoir et Trignac. Il faudrait en étendre le principe à l’ensemble de la Presqu’île, au moins jusqu’à Herbignac, que ce soit sous la forme d’un bus à très haut niveau de service ou d’un tramway utilisant en partie les infrastructures ferroviaires existantes suivant le modèle de Karlsruhe.

 

Dans le même temps on développera les liaisons avec Rennes, via une liaison directe utilisant les infrastructures existantes, et qui est d’ailleurs aujourd’hui à l’étude.

 

La vocation maritime de cet espace doit être affirmé par le rapatriement des instances de décision sur son territoire, et notamment du siège du Grand-Port Maritime, dont la localisation à Nantes ne se justifie plus a vu du trafic actuel. Ce transfert pourra s’accompagner de la création d’une antenne du Lycée Maritime Jacques-Cassard, consacrée, par exemple, aux métiers associés à l’entretien des éoliennes et hydroliennes. Ce transfert s’inscrirait dans la création d’un pôle de recherche et d’enseignement axé sur la mer, en liaison avec l’Université de Nantes, mais aussi avec celle de Bretagne-Sud. L’installation d’une déclinaison locale de Science-Po Rennes, récemment refusée par Nantes, compléterait idéalement ce dispositif.

 

Cette réorientation et cette, osons le mot, autonomisation, de l’espace nazairien exige naturellement que l’on dépasse la rivalité entre la CARENE et Cap Atlantique. Cette rivalité, qui tient moins à de réels conflits d’intérêts qu’à des différences de couleur politique, nuit aux deux ensembles et contrarie l’intégration des deux territoires. Certes, la fusion des deux entités, si elle est souhaitable à long terme, n’est pas à l’ordre du jour, mais on peut utiliser des syndicats mixtes spécialisés et des sociétés publiques locales pour poser les bases d’une coopération inter-intercommunale à la fois nécessaire et potentiellement fructueuse. Le thème le plus évident et le plus propre à rassembler est celui des transports, mais il y en a d’autres, comme par exemple le tourisme, la santé ou l’éducation.

 

Cette indispensable convergence des volontés, au delà des divergences politiques permettra à l’espace nazairien, ouvert sur la mer et le nord, non pas de s’opposer, mais bien de compléter la métropole nantaise.


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